« En raison d’un accident grave de voyageurs… »

Hier j’ai pris le métro. J’allais à une conférence : toute mon énergie mentale se tendait vers ce but. Il ne me restait plus qu’à joindre mon corps à la fête pour que les étincelles se produisent.

En fait d’étincelles, j’ai entendu la voix grésillante qui disait « En raison d’un accident grave de voyageurs, …. ». Vous connaissez la chanson. Ils ne vous disent jamais qu’il s’agit d’un suicide. Les mots font peur. Enfin je ne sais pas.

Il y avait un groupe compact autour du plan de métro sur le quai. Des gens qui juraient, d’autres qui soupiraient d’un air résigné. Moi, j’étais en flottement, bouleversée de penser qu’à quelques centaines de mètres de nous gisait peut-être un corps naufragé.

Une fois dans la rame, j’ai fait l’inventaire des passagers serrés tout autour de moi et puis j’ai adressé une prière silencieuse à la personne dont j’ai connu l’existence et la souffrance à travers cette voix grésillante venant de nulle part. Le cours de ma journée en a été changé.

Le trajet a été long, comme une fleur qui peine à éclore dans la lumière trop crue. Plusieurs minutes à chaque station, des minutes lourdes de chaleur et de soucis.

Je me suis accrochée comme j’ai pu à une barre, coincée entre deux hommes. Je crois qu’ils étaient collègues de travail, d’après les bribes que j’ai glanées de leur conversation. Je ne comprenais pas leur langue mais elle avait une saveur familière qui m’a donné envie de sourire à mon demi-reflet sur la porte.

L’un d’eux me jetait des regards en coin. Il a peut-être compris que je les écoutais. Je me suis laissée porter par leur dialogue tissé de quelques mots français.

A la correspondance, j’ai croisé mes deux voisins de rame dans le tunnel. J’ai voulu le prendre comme un signe et je leur ai parlé, de leur langue, de ces mots un peu étranges mais pas trop qui m’avaient tenue en haleine pendant six stations. Ils ont ri de ma curiosité. Je crois qu’au fond, ils étaient flattés.

J’ai enfin su qu’ils parlaient un lingala mêlé de français, qu’ils étaient congolais, mais ce n’est pas vraiment ce qui importe. Des sourires partagés par des inconnus dans un tunnel du métro parisien, une histoire qui a duré sans doute deux minutes. Voilà ce que je voulais vous raconter aujourd’hui.

La Poste, je vous aime!

Il ne m’avait jamais traversé l’esprit d’écrire une lettre à la Poste. C’est aujourd’hui que je le fais car aujourd’hui j’apprécie ce que cette institution a apporté d’enchantement à ma vie d’enfant et d’adolescente.

Boîtes aux lettres

Boîtes aux lettres à Paris

Chère Poste,

Tu as été à mes côtés pendant toutes ces années, discrète messagère de mes petits et grands drames, toujours porteuse des nouvelles d’ailleurs. Je t’ai souvent maudite de m’apporter une facture au lieu d’une lettre d’un ami cher mais au fond de moi je brûlais de voir le jaune de ton logo se profiler au bout de la rue chaque matin.

Petite, je collectionnais les timbres et j’avais des correspondantes assidues. Je connaissais par cœur les horaires de levée de ma commune. Je savais qu’il fallait 3 jours pour que me parvienne un courrier d’Allemagne. Bref, je vivais suspendue aux roues du facteur.

Et puis, l’Internet est arrivé en trombe et les lettres se sont faites plus rares, jusqu’à ce que ma boîte mail prenne le pas sur les enveloppes timbrées.

Je peux te l’avouer maintenant : je ne pensais à toi que comme une machine sans âme. Je te considérais comme un monument inamovible, que l’on trouve sans doute laid mais dont on ne saurait se débarrasser.

Oui, l’e-mail t’a presque détrônée dans mon estime. Je t’ai délaissée pour les sirènes du courrier électronique, avec ses smileys rigolos et ses messages instantanés. J’ai erré dans les forums de discussion, traîné des heures entières dans les « chatrooms » où je ne comprenais rien au jargon ASL. J’ai appris les rouages du Web et je t’ai reléguée sans état d’âme à une visite hebdomadaire de convenance.

Aujourd’hui, chère Poste, je sais t’apprécier à ta juste valeur.

Il faut dire que j’ai chèrement payé mon infidélité. J’ai connu les affres de tes consœurs de par le monde : le colis qui se perd mystérieusement et réapparaît un an plus tard – retourné à l’envoyeur -, les erreurs de distribution du facteur qui ne sait pas lire l’alphabet latin…j’ai bien regretté mes pensées fielleuses sur ton compte.

A Nairobi, j’ai une boîte aux lettres en location dans un bureau de Poste. Mon adresse est un numéro de boîte postale: pas le choix, il n’y a pas de tournée là-bas, et les maisons pas de numéros, pas plus que les rues n’ont de noms hors du centre-ville.

C’est une toute petite boîte dans une rangée d’autres boîtes identiques qui s’ouvrent avec des clés antédiluviennes. La mienne est au milieu, anonyme et perdue dans ce local dénudé. Il faut s’accroupir pour y accéder et y trouver, parfois, une missive de l’ambassade.

Tu te demandes peut-être pourquoi je te raconte tout ça maintenant? Il ne s’agit pas de me faire pardoner. Rien ne peut effacer l’affront. D’ailleurs, tu as sûrement connu d’autres amours depuis, des plus enflammées, des plus poétiques, des plus décevantes aussi.

Je voudrais simplement que tu saches que je t’aime comme une amie d’enfance avec qui on a partagé des moments de complicité inoubliables. De retour en France, je vois avec tendresse passer entre mes mains les lettres que tu prends soin d’acheminer aux quatre coins du pays et au-delà. Je hume les nouveaux timbres. Je souris au guichetier en me disant que tu es toujours fidèle au poste, malgré les bouleversements de ces dernières années.

Il fallait que je le dise, et nul besoin d’adresse pour ça: La Poste, je vous aime.

Signé:

Ton amante égarée.

***

Je sais bien que tout le monde n’est pas de mon avis, mais qu’importe!

Sketch de Dany Boon, La Poste


Crédit photo: AttributionShare Alike Michael McGovern et Attribution Christine et Hagen Graf

Rennes : Projection-débat autour de la monnaie complémentaire

Le 22 janvier 2013, l’auditorium des Archives départementales s’est transformé en « café citoyen » le temps d’une discussion portant sur le Galléco, la monnaie complémentaire proposée à l’initiative du Conseil Général d’Ille-et-Vilaine (CG35). Suite à la projection du film documentaire « Sol Violette, l’éclosion d’une monnaie », les participants ont pu poser leurs questions sur le projet en cours d’expérimentation en Ille-et-Vilaine.

Sol Violette & Galléco : du pareil au même ?

Le Galléco ayant été fortement influencé par le Sol Violette, il était judicieux de se demander en quoi la monnaie bretonne se démarquait de sa cousine toulousaine.

Première différence, l’aire géographique concernée. Selon Anne Le Tellier, chargée de mission économie sociale et solidaire au CG35, le processus de réflexion autour du Galléco a été complexifié par une expérimentation menée d’emblée sur trois territoires.

En effet, la monnaie départementale a commencé sur des bases ambitieuses en s’implantant à la fois dans le canton de Rennes centre mais aussi simultanément dans le pays de Fougères et de Redon. Les trois comités citoyens ont travaillé indépendamment les uns des autres et ont dû parvenir à un consensus sur les modalités de fonctionnement du Galléco.

Il a été décidé que dans sa phase expérimentale, le Galléco ne serait pas une monnaie fondante, c’est-à-dire que les billets ne perdraient pas de leur valeur au fil du temps.

L’un des principes adoptés par nombre de monnaies complémentaires afin de redynamiser les échanges est de fixer un taux de dépréciation de la monnaie lorsqu’elle n’est pas en circulation. A Toulouse par exemple, le Sol Violette perd 2% de sa valeur s’il n’est pas échangé dans une période de trois mois. Ainsi, la capitalisation des Sols est pénalisée, ce qui favorise les échanges et donc la création de valeur. Un tel système de monnaie fondante n’est pas prévu dans un premier temps pour le Galléco.

Enfin, la question du lien entre Galléco et prestations sociales a été évoquée, en référence à l’implication des associations de chômeurs à Toulouse. Pour l’instant, seule l’adhésion gratuite à l’association pour les personnes bénéficiaires des minima sociaux (RSA, etc) est envisagée mais Mme Le Tellier a fait part de son souhait de nouer des liens de partenariat avec des structures locales d’accompagnement.

Des ambassadeurs du Galléco

Outre son rôle moteur dans la conception du projet, le Conseil Général ne ménage pas ses frais pour assurer le succès du Galléco. Au budget 2013, 70.000 euros ont été alloués à l’achat de matériel, l’impression des billets ainsi qu’au soutien de la future association qui devrait employer deux personnes à partir de mai. Par ailleurs, un fonds de garantie de 40.000 euros sera déposé dans l’une des banques partenaires.

Les comités de citoyens formés à Rennes, Redon et Fougères vont prendre le relais du Conseil Général courant 2013 au sein d’une association départementale. Dans les mois à venir, ils se feront ambassadeurs du Galléco auprès des entreprises susceptibles de rejoindre le réseau.

Dominique, du comité de Rennes centre, souligne qu’« il faut que les citoyens se réapproprient la monnaie ». Cela passe par un support physique – les billets – et surtout par un travail de pédagogie pour démystifier la finance.

Reste à savoir si les habitants de l’Ille-et-Vilaine vont véritablement adhérer au Galléco et jouer le jeu de la double monnaie. Le Galléco trouvera-t-il un terreau fertile là où le Sol avait échoué il y a quelques années ? Rendez-vous dans quelques mois pour connaître la réponse.


Film des Zooms Verts, « SOL VIOLETTE, l’éclosion d’une monnaie » sous licence CC BY-NC-ND 2.0 FR

Article également publié sur Agoravox.

A lire aussi sur Agoravox : L’Ille-et-Vilaine expérimente sa monnaie complémentaire, le Galléco

J’en perds mon français

Ces derniers temps, on me regarde souvent de côté avec cet air désabusé qui se traduit sans doute par « ça se dit en français, ça ? ». Les anglicismes se glissent dans mes conversations sans crier gare et, en grande amoureuse de la langue française, je rougis de mes égarements.

Il y a des jours où l'intérieur de ma tête doit ressembler à ça

Il y a des jours où l’intérieur de ma tête doit ressembler à ça. En 3D.

Pendant six ans, j’ai travaillé dans un milieu presque purement anglophone, et cela s’entend plus que je ne l’avais anticipé : il m’arrive de chercher mes mots en français, certaines tournures de phrase sonnent faux (et sont sans doute incorrectes), et je me prends à utiliser des anglicismes qui ne clochent pas tout de suite à mon oreille mais n’échappent pas à la vigilance de mes interlocuteurs. Alors quand on se met en plus à me reprocher mon accent bigarré, cela commence à faire beaucoup !

Mon français s’est détérioré par manque d’usage mais aussi grâce à l’indulgence des rares francophones avec qui j’ai été en contact régulier. La plupart de mes amis parlent d’autres langues que le français dans la vie quotidienne et pour eux, s’emmêler les pinceaux linguistiques n’a rien d’étrange et encore moins de dramatique.

En fait, la même chose s’est produite pour l’anglais à Nairobi, où le discours anglophone est très souvent entrelardé de Swahili, langue véhiculaire en Afrique de l’Est. En effet, au Kenya, on ne prend pas un minibus mais un matatu, on achète ses sukuma wiki (chou frisé) au marché et on mange une bonne nyama choma (viande grillée). Après trois ans de ce régime, je suis obligée de policer mon langage quand je parle à des amis brittaniques non-swahiliphones. C’est toute une gymnastique mentale !

Au lieu d’en faire tout un fromage – ou tout un foin, si vous préférez – j’ai décidé d’en rire. Je commence un florilège des bourdes de l’impatriée, dont voici les premières perles :

Le Ministre de l’Education supérieure (higher education, of course)

L’accueil d’un enfant handicapé dépend beaucoup de l’acceptance de la part des autres élèves.

Elle habite au-delà des mers. (overseas)

Extra au lieu de « supplémentaire » ou « en plus »; Avec ce froid, je vais avoir besoin d’un extra pull. Mouais…

J’en oublie sûrement, et des meilleures. Il ne me reste plus qu’à publier les « Perles véridiques du français impatrié » et ma fortune est assurée !


Crédits photo: AttributionNoncommercial Pierre Metivier et AttributionNo Derivative Works Nina J. G.

L’Ille-et-Vilaine expérimente sa monnaie complémentaire, le Galléco

Je compte me rendre à une projection-débat sur le thème des monnaies complémentaires à Rennes. Si cela vous intéresse aussi, rendez-vous mardi 22 janvier à partir de 12h15 à l’auditorium des Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine.

Un Sol Violette

Un Sol Violette

Le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine se lance dans l’aventure des monnaies complémentaires avec le Galléco. En phase d’expérimentation cette année, le projet devrait s’étendre à l’ensemble du département dès 2014.

Trop compliqué, pas suffisamment ancré dans les besoins des habitants : en 2006, le Sol n’avait pas réussi à s’implanter à Rennes. Et c’est pourtant en s’inspirant d’un modèle similaire, le Sol Violette de Toulouse cette fois, que le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine a décidé de remettre la monnaie complémentaire départementale au goût du jour.

A la charnière de l’esprit gallo et de l’écologie

Le Galléco, dont le nom a été adopté en juillet 2012 suite à une concertation citoyenne, se veut un moyen d’échanger autrement en Ille-et-Vilaine. Dès la phase de conception du projet en 2012, l’esprit de collaboration a été mis en avant pour éviter les écueils du Sol et élaborer une monnaie locale répondant aux préoccupations des parties prenantes, que ce soit les citoyens, les entreprises ou les associations.

L’objectif est de favoriser une réappropriation démocratique de la monnaie par les citoyens sous la forme d’échanges locaux, en particulier au sein d’établissements répondant à certains critères de responsabilité sociale et environnementale. Dynamiser les échanges sur la base de valeurs communes tout en créant un lien social autour du Galléco, telle est l’ambition du Conseil Général, sous la houlette de l’élu socialiste Jean-Yves Praud.

Galop d’essai

Rennes centre, Fougères et Redon sont les trois territoires pilotes choisis pour le lancement partiel du Galléco avant l’introduction progressive de cette monnaie sur l’ensemble du département dès 2014.

Quatre banques partenaires, le Crédit Coopératif, le Crédit Mutuel, le Crédit Agricole et la Caisse d’Epargne, assureront la distribution de Gallécos contre des euros dans certaines de leurs agences. Les prestataires souhaitant s’intégrer au réseau d’échanges en Galléco devront quant à eux respecter un cahier des charges portant sur l’éthique de leurs pratiques.

En octobre dernier, les visiteurs du salon Ille-et-Bio de Guichen (35) avaient testé le système en avant-première en échangeant quelques euros contre des billets à utiliser à la buvette.

Ce fut l’occasion de faire connaître le projet auprès d’un public déjà sensibilisé à l’économie sociale et solidaire, qui devrait constituer un vivier important d’usagers pour le galléco. C’est le cas de @nessyduloch sur Twitter, qui a mis en ligne une photo de son café acheté en monnaie locale !

On en discute !

Projection-débat autour du film documentaire « Sol Violette, l’éclosion d’une monnaie« . Mardi 22 janvier à partir de12h15 à l’auditorium des Archives départementales.

Réunion le jeudi 24 janvier à partir de18h30 au Centre culturel Les Urbanistes.


Crédit photo : Christophe Ducamp sous licence CC BY-NC-SA 2.0.

Article également publié sur Agoravox.

Il neige à Rennes: tous aux abris!

Les accros de la météo le savent sans doute déjà: il neige à Rennes! Rien d’exceptionnel en hiver dans cette partie du monde, me direz-vous…eh bien si.

Ici à Rennes, 2 cm de neige suffisent à paralyser une grande partie des bus, à inciter les honnêtes travailleurs à rester chez eux faute de pouvoir conduire dans ces conditions, et à me donner une excuse pour rester cloîtrée bien au chaud.

Sortir par ce temps? Vous n’y pensez pas!

La neige tombait ce matin. Vue de ma fenêtre.

La neige tombait ce matin. Vue de ma fenêtre.

Reportage photo: la crêperie Saint-Georges à Rennes

A la faveur d’une journée particulièrement glaciale, je suis sortie manger une bonne crêpe à Rennes. Comme quoi l’impatriation, ça a aussi du bon…

La crêperie Saint-Georges se trouve – comme son nom ne l’indique pas – au 11, rue du Chapitre dans le vieux Rennes. De la rue médiévale, on s’engouffre dans une pièce fabuleusement décalée, d’où le restaurant est orchestré avec brio par un homme (Olivier Kozyk) et sa tablette numérique.

Le hall d'entrée

Le hall d’entrée

Cheminée dans l'entrée

Cheminée dans l’entrée

A l’étage, un mélange de style rétro-chic et d’éléments de décor traditionnels donnent l’impression d’avoir débarqué chez Alice au pays des Bretons. Je m’y suis sentie chez moi tout de suite.

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En passant à table, la crêperie Saint-Georges honore à toutes les sauces son saint patron et ses homonymes célèbres, de Clémenceau à Moustaki. Rien qu’à lire le menu, on passe déjà un bon moment!

Un menu très...georgeocentrique!

Un menu très…georgeocentrique!

Ici, le farfelu côtoie sans complexes la tradition crêpière, avec la salière high tech (plus besoin de tourner la moulinette), le chandelier dans la cheminée, et les toilettes « demoiselles » où se déploie un sens de l’humour aiguisé à coup d’écrans plats.

Chandelier sur fond à pois

Chandelier sur fond à pois

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Salière et poivrière high tech

Le service était rapide et discret mais attentionné. J’ai apprécié la gamme de cafés proposée d’emblée : on choisit son dosage, de léger à corsé. C’est un de ces petits détails qui font la différence.

L’ambiance branchée de cette crêperie m’a autant surprise que ravie. Vive les galettes et les crêpes 2.0 !

Pratique

11, rue du Chapitre

35 000 Rennes

Tél : 02 99 38 87 04

www.creperie-saintgeorges.com

Ouverte du mardi au samedi, sauf jours fériés.

Budget approximatif: à partir de 12 euros par personne.

Formules à 8,50 et 11,80 le midi.